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Stress au travail : les managers ont-ils vraiment le droit de déconnecter ?

 


Halte aux mails professionnels à la maison ! A l'heure où portables, tablettes et smartphones sont devenus incontournables, la distinction entre vie professionnelle et vie privée s'avère floue. Des entreprises essaient d'y remédier.



 


Halte aux mails professionnels à la maison ! A l'heure où portables, tablettes et smartphones sont devenus incontournables, la distinction entre vie professionnelle et vie privée s'avère floue. Des entreprises essaient d'y remédier.




A peine signé, sitôt raillé. L'accord sur le forfait-jours conclu le 1er avril par la CFE-CGC la CFDT et les deux fédérations patronales, le Syntec et le Cinov, prévoyant "une obligation de déconnexion des outils de communication à distance", a été la risée de la presse anglo-saxonne. Tour à tour, The Guardian, The Independant, le site américain Engadget, ont moqué les cadres français. Au point de les considérer comme des "tire-au flanc", des "paresseux" ou encore des "flemmards".

A tort ou à raison ? A l'heure où portables, tablettes et smartphones sont devenus incontournables, les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle s'estompent. Selon une enquête du Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), réalisée en novembre dernier, deux actifs sur cinq se connectent en dehors des heures et des lieux de travail habituels (soirs, week-ends, vacances, dans les transports ou à domicile). Cette proportion atteint même 77% pour les cadres. Faut-il dès lors instaurer un droit à la déconnexion afin de limiter les connexions professionnelles hors travail et garantir un vrai droit au repos afin que le travail n'empiète pas trop sur la vie privée ?

 


Risques de stress

"La connexion électronique génère du stress, des troubles de santé qui peuvent aller jusqu'au burn-out, alerte Franck Mikula, secrétaire national emploi-formation de la CFE-CGC. Les cadres au forfait-jours ne comptent plus leurs heures. Avec les nouvelles technologies, ils sont constamment sollicités". Or, l'entreprise se doit de protéger la santé des salariés. D'où l'obligation, réitérée plusieurs fois par la Cour de cassation, notamment dans la chimie, le commerce de gros, la plasturgie et le Syntec, de mieux encadrer le temps de travail de cette catégorie de salariés.

 

 

Des accords et des désaccords

Quelques entreprises ont d'ailleurs pris les devants. A l'image du groupe de protection sociale Réunica qui a signé un avenant sur les forfaits-jours à l'accord sur la durée du travail, le 29 janvier dernier. Il réaffirme que l'utilisation des nouvelles technologies en dehors des heures de l'entreprise constituent "des facteurs de risques psychosociaux". Et prévoit la fermeture des messageries électroniques de 20h à 7h et le week-end (du vendredi 20h au lundi 7h). Il ajoute qu'un collaborateur n'a pas à envoyer des courriels durant une période de suspension de son contrat de travail (congés payés, RTT, maladie, etc.), ni à répondre aux mails durant les horaires de fermeture des messageries ou envoyés par un collaborateur en congés, RTT ou arrêt de travail. "La connexion permanente n'est favorable ni à la productivité ni à l'équilibre des temps de vie, soutient Francois-Marie Geslin, le DRH de Réunica. Ces dispositions ne sont toutefois pas applicables aux membres du comité de direction".

Mais toutes les sociétés ne partagent pas cette opinion. Pierre-Emmanuel Dupil, directeur général chez Michael Page reconnaît que le droit à la déconnexion "n'est pas forcément compatible avec l'activité de recrutement", la plupart des candidats étant joignables le matin ou plus tard le soir. D'autres, à l'instar d'André Calisti, DRH de Pixmania, estime que ce type d'interdiction "met à mal l'autonomie des cadres qui ne veulent pas être corsetés par un accord". Sans compter les activités liées à l'international.

 


Des chartes de bonnes pratiques

Entre ces deux positions, plusieurs entreprises ont opté pour des chartes de bonnes pratiques définissant des règles d'utilisation des NTIC : charte informatique, de la parentalité, de la conciliation vie privée-vie professionnelle... A l'image d'Assystem, par exemple, qui a rédigé la sienne en décembre 2012. "Nous n'avons pas constaté d'abus, nous n'avons pas de traceur. Mais nous voulions faire de la prévention, indique Mélanie Sevegrand, RRH au sein de la société d'ingénierie et de conseil en innovation. Certains de nos collaborateurs ont parfois du mal à décrocher. A fortiori lorsque des problèmes familiaux surviennent". L'Observatoire de la parentalité, soutenu par le ministère des Droits des Femmes, a, lui aussi, décliné 15 engagements à travers sa charte sur "l'équilibre des temps de vie" dont un portant sur le bon usage des mails, notamment pour "limiter les envois de mails hors des heures de bureau ou le week-end". Seize entreprises, dont BNP Paribas, Carrefour, Axa, LVMH, sont actuellement signataires du texte.

 

Des intentions, mais quelles actions?

Reste que "ces chartes n'induisent aucun engagement juridique, relève Eric Peres, secrétaire général de FO cadres. Il s'agit souvent d'une déclaration de bonnes intentions qui ne sont suivies d'aucunes actions concrètes". D'ailleurs, chez Bouygues Telecom, l'un des signataires de la charte sur "l'équilibre des temps de vie", le droit à la déconnexion reste parfois théorique. "Certains salariés de certaines directions partent avec des portables pour travailler à la maison, concède Azzam Ahaab, délégué syndical central CFDT de Bouygues Telecom. Notamment en périodes de rush. Nous n'avons jamais réussi à obtenir de la direction le taux de connexions informatiques effectuées le week-end et les jours fériés".


Un risque exacerbé avec le télétravail

D'où la demande réitérer des syndicats de conclure de "vrais" accords sur le sujet. Avec à la clef, des garanties précisées dans un avenant au contrat de travail. D'autant qu'avec l'essor du télétravail, le risque est exacerbé, les frontières entre les deux univers devenant encore plus poreuses. Eric Peres regrette que l'accord du Syntec reste un accord en trompe-l'œil. "Ce n'est pas un droit à la déconnexion. Cet accord encadre surtout le droit au repos compensateur, avec une amplitude journalière de 13 heures (repos quotidien minimum de 11 heures consécutives) et la possibilité de travailler 230 jours par an" (e incluant les rachats de jours). Loin donc, à ses yeux, d'un nouvel acquis social. L'avant-projet d'accord, proposé, en mars, par le CFE-CGC et la CFDT, qui prévoyait de "bloquer l'accès à la messagerie professionnelle du lundi au vendredi avant 7h30 et après 20h30 et les samedis, dimanches et jours fériés" n'a pas été retenu par le camp patronal.

 

Une question de management ?

La copie mérite donc d'être revue, selon le syndicaliste. Même si de l'avis de Pierre-Emmanuel Dupil, "il s'agit plus d'une question de management que d'un compromis social ou d'un problème juridique". Le droit à la déconnexion doit être discuté avec les équipes, en fonction des attentes des collaborateurs ». Un premier pas. Mais une réelle prise de conscience.

 

 

 

Source (par Anne Bariet, actuel-hse.fr)


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