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Risques de troubles mentaux lors d’opérations de fusion-acquisition (Etude clinique)

Le rapport Hires qui s’est intéressé à tous les types de restructurations d’entreprises (fermeture, réduction d’effectifs, externalisation, délocalisation, fusion, acquisition, modification organisationnelle importante, etc…) a fait le point en Europe sur les effets que pouvaient avoir les restructurations d’entreprises sur la santé des travailleurs, qu’ils soient licenciés ou restent dans l’entreprise.

Le rapport Hires qui s’est intéressé à tous les types de restructurations d’entreprises (fermeture, réduction d’effectifs, externalisation, délocalisation, fusion, acquisition, modification organisationnelle importante, etc…) a fait le point en Europe sur les effets que pouvaient avoir les restructurations d’entreprises sur la santé des travailleurs, qu’ils soient licenciés ou restent dans l’entreprise.

Cette étude canadienne présente l’intérêt de démontrer la survenue de troubles cliniques dans le cas d’un type spécifique de restructuration, les opérations de fusion-acquisition, chez les salariés qui y ont été confrontés. Les auteurs mettent ainsi en évidence une augmentation de l’incidence du trouble anxieux généralisé pouvant mener à la dépression et de troubles anxieux en général. 

Vous pourrez accéder, à l’adresse ci-dessous, au résumé (en Anglais) de l’étude menée par J. Wiang et al. au Canada sur les effets des opérations de fusion-acquisition sur la santé mentale des salariés. Cette étude a été publiée en ligne sur le site de la revue Occupational Environmental Medicine sous le titre de ” Business mergers and acquisitions and the risk of mental disorders: a population-based study ” (OEM Online First, published on January 6, 2012 as 10.1136/oemed-2011-100182).

L’objet des auteurs de l’étude était d’étudier le risque d’impact d’opérations de fusion-acquisition sur la santé mentale des salariés. Ces opérations connaissent de forts développements : selon des sources en provenance des Etats-Unis, ces opérations de fusion-acquisition ont augmenté de 33% en janvier 2011 par rapport à un an auparavant. Elles sont susceptibles de susciter chez les salariés des inquiétudes et des frustrations qui peuvent avoir un effet délétère sur leur santé mentale, à court et long termes. Des études européennes ont d’ailleurs montré que des opérations de réduction d’effectifs et des privatisations pouvaient augmenter les arrêts maladie et la mortalité cardiovasculaire. Par ailleurs, des études ont montré, lors d’opérations de fusion-acquisition, l’apparition de sentiments de peur, de symptômes anxieux et dépressifs parmi les salariés. Mais pour les auteurs de l’étude, la présence de tels symptômes ne représente pas un diagnostic au sens du DSM (Diagnostic and Statistic Manual for Mental Disorders). Une étude menée en Europe (1) a montré l’association d’un risque augmenté de troubles mentaux avec des opérations de fusion en utilisant des données d’hospitalisation et de prescription (Hazard ratio de 1.6 avec intervalle de confiance à 95% compris entre 1.19 et 2.14). Mais l’association a pu être sous-estimée car tous les individus ne font pas appel à un professionnel de santé pour une prescription et seule une minorité est hospitalisée.

Cette étude longitudinale de cohorte a été réalisée sur un échantillon de travailleurs de la province d’Alberta au Canada où les employeurs principaux sont les industries du pétrole et du gaz, dont 69% de l’échantillon proviennent. Etaient inclus des salariés âgés de 25 à 63 ans qui étaient recrutés et interrogés par téléphone sur la base d’un engagement de fournir des coordonnées permettant de les recontacter. Au final, 3280 travailleurs ont été recrutés après avoir rempli le bilan initial à T0. Un an après, à T1, 3002 travailleurs ont fourni les informations sur leur emploi durant l’année (ces questions n’avaient pas été posées à T0). Il est apparu qu’un certain nombre (67) travaillaient dans des entreprises qui avaient eu ou avaient un projet de fusion-acquisition et ils ont été exclus de l’étude.

L’état de santé mental a été apprécié par un questionnaire administré par téléphone (le WHO’s Composite International Diagnostic Interview – Cidi 2.1 permettant d’établir un diagnostic assisté par ordinateur sur la base du DSM IV) pour rechercher un syndrome dépressif majeur, un trouble bipolaire, un trouble de l’humeur, une phobie sociale, un trouble panique ou une anxiété généralisée.

Les variables qui ont été prises en compte sont l’âge, le sexe, le statut marital (vie maritale, concubinage, célibat, divorce, séparation, veuvage), le niveau éducatif (inférieur au secondaire, secondaire, universitaire et plus) et le revenu annuel personnel (inférieur à 30 000 $, de 30 000 à 59 999 $, de 60 000 à 79 999 $ et supérieur ou égal à 80 000 $ - pour information, un dollar canadien vaut à ce jour 0.76 €). Le stress lié à l’insécurité de l’emploi a été apprécié par le Job content Questionnaire complet (Karasek). On considérait qu’il y avait du stress dès lors que le score était supérieur à la médiane.

La prévalence des troubles mentaux dans l’effectif des sujets qui ont vécu une opération de fusion-acquisition dans les 12 mois séparant T0de T1, considérés comme les exposés, a été comparée à celle des sujets qui n’ont pas vécu une telle opération considérés comme non-exposés. Les données finales ont concerné 2751 sujets, 192 exposés et 2559 non exposés qui se répartissaient ainsi du point de vue des données sociodémographiques : 52.2% d’hommes et 47.5% de femmes, l’âge moyen était de 43.7 ans, 76.1% étaient mariés, 12.4% célibataires et 11.5% divorcés, 43% avaient un niveau éducatif inférieur au secondaire, 59.1% un niveau secondaire et 36.6% une formation universitaire. Les revenus se répartissaient ainsi : 10% inférieurs à 30 000 $, 33.7% de 30 000 à 59 999 $, 22% de 60 000 à 79 999 $ et 34.3% supérieurs ou égaux à 80 000 $. Enfin, les travailleurs ayant eu des troubles mentaux dans leur vie représentaient 31.5% de l’échantillon (pour calculer l’occurrence de troubles entre T0 et T1 et comparer les exposés/non-exposés, ils ont été exclus des calculs).

Les deux groupes étaient sensiblement identiques pour l’ensemble des données sociodémographiques à l’exception d’un pourcentage un peu plus élevé de sujets mariés dans le groupe exposés (79.1% vs 75.9%) et des divorcés plus nombreux dans le groupe non-exposés (11.7% vs 8.4%), un pourcentage supérieur chez les exposés de niveau secondaire (63.6% vs 58.7%) mais moindre de niveau universitaire (32.2% vs 36.9%). Du point de vue du revenu, il y avait un pourcentage plus important de revenus inférieurs à 30 000 $ chez les non-exposés (10.2% vs 6.7%). La présence de troubles mentaux antérieurs était un peu plus marquée chez les exposés (34.5%) que chez les non-exposés (30.6%).

Les analyses statistiques ont utilisé une régression logistique avec ajustement sur l’âge, le sexe et le niveau éducatif visant à éliminer la prise en compte de ces facteurs de risque dans la survenue des troubles psychiques. Les résultats des analyses statistiques indiquent, à T0, une prévalence plus importante parmi les personnes exposées de troubles mentaux, à l’exception de la phobie sociale où elle est moindre, mais la différence n’est jamais significative. A T1, on retrouve une différence significative chez le groupe des sujets exposés portant sur la présence d’un trouble anxieux généralisé avec une incidence de 7.7% chez les exposés contre 2.4% chez les non exposés (Odds ratio, OR de 3.35 avec intervalle de confiance à 95% de 1.48-7.60) et de troubles anxieux en général (OR de 2.78 [1.23-6.27]). En revanche, la prévalence de dépression n’est pas augmentée de façon statistiquement significative (OR de 1.72 [0.68-4.36]), de même que chacun des autres troubles (trouble panique, phobie sociale).

Les auteurs remarquent que leur résultat concernant la dépression diffère de celui de l’étude évoquée ci-dessus (1). Et ils n’excluent pas complètement que l’exposition à une opération de fusion-acquisition puisse mener à une dépression car l’intervalle de confiance à 95% de l’OR est large (0.68-4.36). D’autant plus que, pour eux, le trouble anxieux généralisé peut évoluer vers la dépression. Il serait donc intéressant de suivre la trajectoire de santé de ces travailleurs.

Une analyse statistique par régression logistique a été pratiquée pour juger de l’association entre trouble anxieux généralisé et présence de troubles anxieux et une fusion-acquisition ou un sentiment d’insécurité lié à l’emploi. Les résultats en sont, d’une part, qu’il existe une association entre trouble anxieux généralisé et opération de fusion-acquisition avec OR de 3.71 [1.55-8.85] et insécurité liée au travail avec OR de 2.72 [1.41-5.25] et, d’autre part, une association de la présence d’un trouble anxieux avec une opération de fusion-acquisition avec OR de 2.57 [1.04-6.35] et d’une insécurité de l’emploi avec OR de 2.58 [1.43-4.66]. La présence d’un trouble anxieux étant de plus associée à un faible niveau éducatif avec un OR de 1.78 [1.22-2.61].

Les auteurs en concluent que cette étude montre que les opérations de fusion-acquisition dans les entreprises augmentent le risque de trouble anxieux généralisé qui évolue souvent vers la dépression. Considérant l’augmentation du nombre de ces opérations, le gouvernement et les employeurs devraient être conscients des effets potentiellement négatifs sur la santé des travailleurs. Des plans devraient donc être mis en œuvre afin d’en minimiser l’impact.


source: alternatives-economiques.fr

 

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