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Nord : une factrice fait un AVC, ses chefs exigent qu’elle finisse son travail avant “d’appeler les pompiers”

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A Villeneuve-d'Ascq, une employée en CDD de La Poste attaque sa hiérarchie pour non-assistance à personne en danger. D'après elle, ses supérieurs auraient attendu trois heures avant de finir par appeler les secours, devant l'insistance de ses collègues.
L'incident dont Emeline Broequevielle gardera à vie les séquelles, est survenu le matin du vendredi 19 février 2016, rapporte France 3 Nord Pas-de-Calais. Ce jour-là, cette employée de La Poste de Villeneuve-d'Ascq (Nord), âgé de 25 ans et mère de deux jeunes enfants, se rend au travail sur l'instance de sa hiérarchie, alors qu'elle ne se sent pas bien. Elle ne le sait pas encore, mais elle est victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC). Trois heures plus tard, et selon sa version des faits, après que sa hiérarchie a refusé à plusieurs reprises d'appeler les secours, une ambulance la conduit à l'hôpital. Ses collègues, dont un syndicaliste membre du CHSCT qui connaît aujourd'hui des difficultés professionnelles que La Poste refuse de commenter, ont alors dû insister pour que son malaise soit pris en considération. "Je suis allée plusieurs fois dans le bureau du chef pour dire que je ne me sentais pas bien. On m'a dit de finir mon travail et qu'ensuite, on appellerait les pompiers", témoigne-t-elle. La jeune femme porte aujourd'hui plainte contre ses trois supérieurs hiérarchiques pour "non-assistance à personne en danger".

Une employée consciencieuse

En CDD à La Poste depuis 2009, la factrice avait envoyé un message pour dire qu'elle "ne se sentait pas bien", relateFrance 3 Nord-Pas-de-Calais. Son chef la rappelle et lui met la pression. En dépit d'un très fort et inhabituel "mal de tête", elle cède et parcourt la vingtaine de kilomètres qui la séparent de l'agence. A 6h30, elle prend son service. Son état ne s'arrange pas. Elle se plaint de ne "plus sentir sa jambe ni son bras". "Ce que tu fais debout, tu peux le faire assis", lui rétorque-t-on, alors que la position assise ne change rien à son malaise. Tant bien que mal, Emeline continue "de trier le courrier dans le sens de sa tournée". Un déplacement qu'elle n'effectuera heureusement pas. Sur l'insistance "autoritaire" d'un collègue syndicaliste et membre du CHSCT, l'alerte est déclenchée. A 9h30, la jeune femme est emmenée par une ambulance, direction l'hôpital. Les médecins lui font passer une IRM. C'est un AVC, le côté droit du cerveau est atteint. Reconnue en arrêt longue maladie, Emeline n'a toujours pas repris le travail et dit constituer "un dossier pour être reconnue comme travailleur handicapé". "Je boîte bien, j'ai un cachet à vie pour fluidifier le sang et des anti-douleurs. (...) Je ne peux plus faire ce que je veux avec mes enfants en bas âge, et dès que j'ai une distance à parcourir, je dois prendre les béquilles", explique celle qui a porté plainte à la gendarmerie en mars dernier. Consciencieuse, Emeline dit "adorer son travail" et précise qu'elle ne boit, ni ne fume pas. On ne le sait pas assez, mais une vaste étude épidémiologique a montré que la moitié des femmes qui meurent d'un AVC ont moins de 45 ans.

La direction de La Poste se défend de toute faute

Comme à l'habitude dans ce genre d'affaires, chacune des parties tente de rejeter la responsabilité sur l'autre. Selon la victime et ce qu'elle dit être la version des médecins, le stress accumulé à son travail aurait provoqué son AVC. Pour la direction de La Poste, c'est au contraire "Madame Broequevielle (qui) a déclaré par téléphone à son encadrant vouloir venir travailler sans aller consulter un médecin". Une précision contre laquelle la plaignante s'inscrit en faux. "Je n'ai jamais dit que je ne voulais pas appeler les pompiers ! Je suis allée les voir plusieurs fois et on m'a dit de d'abord faire mon travail avant d'appeler les secours", insiste la factrice. Son collègue du CHSCT, qui fait l'objet d'une procédure disciplinaire et dont Emeline est convaincue qu'il lui a "sauvé la vie", va également porter plainte pour mise en danger de la vie d'autrui. Lire l'article original sur BFM TV