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La France n’est pas épargnée par le « burn-out »

Le syndrome d’épuisement professionnel est en plein développement, en particulier chez les personnes très investies dans leur travail.

Ce mal se manifeste par un épuisement émotionnel, une sensation de dépersonnalisation et de non-accomplissement. Et surtout un très fort sentiment de perte de sens par rapport au travail.

Quand ils arrivent dans le cabinet du médecin, ces patients disent pratiquement toujours la même chose. « Docteur, je suis vidé. Je n’en peux plus… » Sans force et sans toujours trop savoir ce qui leur arrive. « Chez les personnes atteintes de burn-out, c’est quelque chose de très frappant : ce sentiment d’être vidé, comme consumé de l’intérieur », constate le docteur François Baumann, généraliste à Paris.

D’origine anglo-saxonne, ce terme de burn-out s’est peu à peu imposé en France. Une sorte d’« épuisement professionnel » décrit pour la première fois dans les années 1970 par un psychiatre américain, Herbert Freudenberger. « Il avait comparé ce syndrome à un immeuble incendié, dont il restait plus que la façade mais entièrement brûlé de l’intérieur », explique le docteur Baumann. 

Le syndrome d’épuisement professionnel est en plein développement, en particulier chez les personnes très investies dans leur travail.

Ce mal se manifeste par un épuisement émotionnel, une sensation de dépersonnalisation et de non-accomplissement. Et surtout un très fort sentiment de perte de sens par rapport au travail.

Quand ils arrivent dans le cabinet du médecin, ces patients disent pratiquement toujours la même chose. « Docteur, je suis vidé. Je n’en peux plus… » Sans force et sans toujours trop savoir ce qui leur arrive. « Chez les personnes atteintes de burn-out, c’est quelque chose de très frappant : ce sentiment d’être vidé, comme consumé de l’intérieur », constate le docteur François Baumann, généraliste à Paris.

D’origine anglo-saxonne, ce terme de burn-out s’est peu à peu imposé en France. Une sorte d’« épuisement professionnel » décrit pour la première fois dans les années 1970 par un psychiatre américain, Herbert Freudenberger. « Il avait comparé ce syndrome à un immeuble incendié, dont il restait plus que la façade mais entièrement brûlé de l’intérieur », explique le docteur Baumann. 

Epuisement

Un burn-out n’est pas une simple dépression. En général, son diagnostic est établi à partir de trois grandes caractéristiques. « Le premier signe est un épuisement professionnel qui va bien au-delà d’une simple fatigue. Le deuxième est le développement d’une certaine dépersonnalisation face au travail. Enfin, on retrouve chez les personnes concernées un très fort sentiment de non-accomplissement et de perte de sens par rapport à ce qu’elles doivent accomplir », détaille Philippe Douillet, chargé de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact).

Au départ, il y a donc cet épuisement tout autant physique qu’émotionnel. « La personne continue à aller chaque jour à son travail mais elle n’a plus envie de rien. La façade de l’immeuble est toujours en place mais, derrière, c’est le vide complet », constate le docteur Baumann. Dans un réflexe d’auto-défense, la victime d’un burn-out va alors souvent développer un certain désengagement, parfois teinté de cynisme. 

« Comme il n’a plus les moyens de répondre aux exigences de son travail, l’individu va développer un certain nombre d’idées négatives. Un professeur, par exemple, va décréter que tous ses étudiants sont des imbéciles, ce qui, d’un seul coup, va rendre toutes leurs demandes illégitimes. Et lui permettre de trouver un prétexte pour ne plus avoir à y répondre », explique Didier Truchot, professeur de psychologie sociale du travail et de la santé à l’université de Franche-Comté, à Besançon.

« Une maladie de la relation à l’autre »

Dans une grande majorité des cas, ce syndrome d’épuisement va toucher en priorité les personnes très investies dans leur activité. « Mais le burn-out n’est pas toujours directement lié à la charge de travail. On peut travailler beaucoup sans en être victime », souligne Didier Truchot. « Le burn-out est surtout une maladie de la relation à l’autre dans un cadre professionnel », renchérit le docteur Baumann. 

C’est peut-être ce constat qui a incité nombre d’experts à affirmer que certaines professions étaient plus à risque que d’autres, en particulier celles dont l’activité, au quotidien, vise à rendre service à autrui : les médecins, les soignants, les travailleurs sociaux, les enseignants… « C’est une idée reçue qui est encore très vivace mais à laquelle il faut apporter un bémol, souligne Didier Truchot. Les études les plus poussées montrent que toutes les professions peuvent être touchées. Certains travaux, par exemple, montrent que les ouvriers dans une usine peuvent être davantage victimes d’un burn-out que les infirmières. »

Il n’existe pas de prise en charge unique pour ces patients qui finissent par craquer. « En règle générale, le premier outil thérapeutique est l’arrêt de travail. C’est important que la personne accepte l’idée qu’elle doit s’arrêter pour une durée plus ou moins longue. Ensuite, on peut être amené à prescrire des antidépresseurs pour une période limitée. Cela peut aider les patients, en particulier ceux pour lesquels ne plus aller travailler tous les jours peut se révéler très anxiogène », explique le docteur Baumann, qui accompagne souvent cette prise en charge d’une psychothérapie.

Interroger le monde du travail

Comme ses confrères, il souligne qu’il faut aussi et surtout engager avec la personne une réflexion sur son travail et sur les changements à mettre en œuvre pour qu’elle puisse y retourner sans se remettre en danger. Cette tâche n’est évidemment pas simple et dépasse bien souvent les capacités d’action des soignants. Tous le disent, en particulier les médecins du travail : soigner le burn-out, c’est aussi s’interroger sur les mutations d’un monde du travail où la recherche des gains de productivité fait peser une pression parfois poussée jusqu’à l’absurde. 

« Le plus terrible, c’est ce sentiment de perte de sens face au travail », constate Odile Chapuis, membre du Collectif des médecins du travail de Bourg-en-Bresse. « Dans beaucoup de maisons de retraite, par exemple, la situation est catastrophique, assure-t-elle. De plus en plus y règnent des exigences de rentabilité assez délirantes. On chronomètre les soignants, on leur dit : “Une douche, ce n’est plus six minutes mais quatre minutes.” Comment voulez-vous que ceux qui ont choisi ce métier parce qu’ils aimaient les personnes âgées ne deviennent pas dingues… »

De son côté, Didier Truchot se dit frappé par le fait que le management, directement en prise avec les salariés, a perdu peu à peu tout son pouvoir. « L’autre jour, je faisais un audit sur le stress dans une assez grosse société. J’ai été reçu par le patron, un type carré, solide en apparence. Au final, il a presque fini en pleurs dans mes bras en me disant qu’il n’avait quasiment aucune marge de manœuvre sur les conditions de travail de ses salariés. Et que celui qui décide, c’est le fonds de pension américain qui a acheté la société il y a deux ans et qui souhaite la revendre dans quelques mois en ayant multiplié ses bénéfices par deux. »


source: la-croix