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Moins de 10% des emplois menacés par les robots : vraiment rassurant ?

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C'est la prévision du Conseil pour l'orientation de l'emploi, rendue publique jeudi. D'autres sont plus alarmistes.

Ils arrivent et ils font très peur ! Qui ? Les robots pardi. Les algorithmes, l’intelligence artificielle… Toutes ces avancées technologiques qui se contentaient jusque-là de remplacer les ouvriers non qualifiés aux travaux répétitifs, et qui désormais s’attaquent aux services et aux travailleurs très qualifiés : les banquiers, les comptables, les traducteurs, demain les pilotes d’avion ou les chirurgiens.

Quelle est l’ampleur de la vague ? Une vive controverse a lieu sur le sujet depuis trois ans. Des économistes en vue, comme McAfee et Erik Brynjolfsson du MIT ("Le Deuxième âge de la machine", Odile Jacob, 2014) ont prédit un tsunami sur l’emploi. Une étude de l’université d’Oxford, menée par Carl Frey et Michael Osborne, considère que la moitié des jobs actuels sont menacés au cours des 20 prochaines années. Mais l’an dernier, l’OCDE  a tempéré dans une étude cette vision dystopique : pas de panique, seuls 9% des emplois seraient "substituables" par des machines et des logiciels. Un robot prendra-t-il ma place ? 10 professionnels défendent leur job En France, le Conseil d’orientation des emplois (COE), une instance d’expertise dans l’orbite de Matignon, rejoint l’analyse tempérée de l’OCDE. Dans un rapport publié jeudi, il considère que seuls 10% des emplois actuels peuvent disparaître. Mais il estime par ailleurs que la moitié des emplois seront affectés par la vague actuelle d’automatisation. Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du COE, dans un entretien aux "Echos", résume :
"Les innovations bousculent plus souvent les tâches, non les métiers dans leur globalité."

1,5 million d 'emplois

La liste des métiers en péril dressée par le COE est assez attendue. Il s’agit essentiellement de métiers au bas de l’échelle salariale. Qui représentent quand même 1,5 million d’emploi.
  • Agents d’entretien : 21% du total (320.000 emplois)
  • Ouvriers qualifiés des industries de process : 6%
  • Ouvriers non qualifiés de la manutention : 6%
  • Ouvriers non qualifiés des industries de process : 6%
  • Aide à domicile des aides ménagères : 5%
  • Cuisiniers : 5%
  • Ouvriers qualifiés de la manutention : 4%
  • Maraîchers, jardiniers, viticulteurs : 3%
  • Conducteurs de véhicules : 3%
  • Ouvriers qualifiés du gros oeuvre et du bâtiment: 3%
Celle des métiers qui évolueront sous l’effet de la vague technologique est plus diverse :
  • Agents d’entretien: 8%
  • Conducteurs de véhicules : 5%
  • Aides à domicile et aides ménagères : 4%
  • Aides-soignantes : 4%
  • Vendeurs : 3%
  • Ouvriers qualifiés d la manutention : 3%
  • Employés et agents de maîtrise de l'hôtellerie et de la restauration : 3%
  • Employés administratifs de la fonction publique : 3%
  • Enseignants : 3%
  • Cuisiniers : 3%
Toute la question est de savoir si les destructions d’emplois seront compensées par la création de nouveaux jobs, ceux que les nouvelles technologies ne manqueront pas de générer. La "destruction créatrice" chère à Schumpeter aura-t-elle lieu de façon équilibrée ou explosive ? Parmi les scientifiques et les économistes, le doute s’est installé sur le sujet. Malgré les rapports plutôt rassurants comme ceux de l’OCDE ou du COE, de nombreux chercheurs mettent en garde : ce qui se passe actuellement va peut-être bien au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. L’intelligence artificielle fait des progrès fulgurants et ceux qui parlent  de simple "gains de productivité" confondraient la vaguelette avec le ras-de-marée. Rien à voir avec la première révolution industrielle, ses locomotives et ses moissonneuses-batteuses.

L'exemple des voitures sans chauffeurs

Prenez l’exemple des véhicules autonomes, qui arriveront sur les routes plus vite qu’on le l’imaginait. Dans la moitié des Etats américains, la profession dans laquelle les effectifs sont les plus important, c’est celle de chauffeur : camions, taxis, livreurs, véhicules postaux… soit 15 millions d’emplois).

Les métiers les plus communs aux Etats-Unis

Ils font aussi vivre toute une économie : les motels, les restaurants sur les bords de la route... Et puisque nous sommes de piètres conducteurs, la fin des accidents de la route, qui est en soi une très bonne nouvelle, va également faire disparaître des emplois dans l’assurance, la santé… Ajoutez à cela l’automatisation des ports, des entrepôts, et vous avez une idée de ce qui peut se passer dans le transport. Pour Moshe Vardi, professeur en ingénierie informatique à Rice University, nous approchons du stade où la machine pourra remplacer l’homme dans la plupart des tâches. "Autrefois, dit-il, 97% des hommes de 25 à 54 ans travaillaient. Aujourd’hui, ils ne sont plus que que 88% à le faire. Un sur huit ne travaille pas. Si vous prolongez la courbe sur 35 ans, un sur quatre ne travaillera pas."

La production industrielle et le nombre d'emplois aux Etats-Unis

Quels nouveaux emplois ?

Les nouveaux emplois remplaceront-ils les anciens ? Pendant la première révolution industrielle, les paysans sont allés vers les villes où ils sont devenus des ouvriers. Le "chômage technologique", comme l’avait baptisé Keynes dans les années 30, a pu être surmonté. Mais il sera beaucoup plus difficile de convertir des ouvriers ou des chauffeurs de camions en développeurs de logiciels ou en aides aux personnes âgées. Quand on l'interroge sur le sujet, Robert Schiller, prix Nobel d’économie, évoque de façon provocatrice le sort malheureux des chevaux remplacés par les moteurs à la fin du XIXe siècle : on ne leur a pas trouvé de "travail" de substitution, les abattoirs ont tourné à plein régime.