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Comment surmonter la peur de l’inconnu au travail

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altL’être humain est ainsi constitué qu’il ressent toute modification de son environnement comme dangereuse. Mais il possède un atout maître : son aptitude à choisir et à réagir.

Au bout de vingt-cinq ans passés à l’institut Nielsen, Susanne Ohn, responsable des ressources humaines, apprend que son poste est supprimé. Une annonce qui la met en état de choc. «J’en ai perdu le sommeil : j’étais terrifiée par ce qui se produirait par la suite, se souvient-elle. Je craignais de ne pas retrouver de travail et je me voyais entraînée dans une spirale infernale qui me conduirait jusqu’à dormir sous les ponts !» En fait de ponts, Suzanne Ohn dort toujours bien au chaud  : elle appartient aujourd’hui au pôle RH du laboratoire pharmaceutique Ipsen.

altL’être humain est ainsi constitué qu’il ressent toute modification de son environnement comme dangereuse. Mais il possède un atout maître : son aptitude à choisir et à réagir.

Au bout de vingt-cinq ans passés à l’institut Nielsen, Susanne Ohn, responsable des ressources humaines, apprend que son poste est supprimé. Une annonce qui la met en état de choc. «J’en ai perdu le sommeil : j’étais terrifiée par ce qui se produirait par la suite, se souvient-elle. Je craignais de ne pas retrouver de travail et je me voyais entraînée dans une spirale infernale qui me conduirait jusqu’à dormir sous les ponts !» En fait de ponts, Suzanne Ohn dort toujours bien au chaud  : elle appartient aujourd’hui au pôle RH du laboratoire pharmaceutique Ipsen.

Reste que tout changement de situation ou de contexte, subi ou choisi, génère de l’inquiétude. Plus l’anxiété est forte, plus notre capacité à nous adapter se trouve entravée. Comment dompter notre peur de l’inconnu ? D’abord en considérant cette angoisse comme naturelle et légitime. «La peur est la première expérience de la vie, explique Thierry Chavel, coach de dirigeants et auteur de “La Conduite humaine du changement” (Demos). En venant au monde, le bébé quitte la
sécurité du ventre maternel pour arriver dans un univers inconnu où il craint d’étouffer, d’avoir froid, d’avoir faim, d’être abandonné… Marqués par cette expérience primitive, nous développons toute notre vie des stratégies pour endiguer nos peurs.» Vaincre ses angoisses afin qu’elles ne paralysent pas nos capacités à agir nécessite donc un véritable dépassement de soi, dont voici quelques clés.

Considérez cette émotion comme indispensable

Non seulement la peur est normale, mais elle est surtout utile. «Elle indique qu’il va falloir affronter un danger», affirme Anne Tricault-Carpe, formatrice spécialiste de la conduite du changement. Ce signal d’alarme ne doit donc pas être minimisé. «Une restructuration, par exemple, génère toujours de l’angoisse, affirme Séverine Cottin, du cabinet AlteRHego. Cette peur se traduit différemment selon les individus. Certains se mettent immédiatement à chercher un nouvel emploi. D’autres, sidérés, restent sans réaction ou se replient sur eux-mêmes. Des personnes peuvent aussi se réfugier dans le déni ou réagir par de la colère et de l’agressivité.» Déni, colère, repli sur soi, dépression : des réactions proches des étapes du deuil formalisées par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross. L’acceptation est l’étape ultime, qui n’est possible que lorsqu’on a passé les autres.

Identifiez l’élément précis 
qui déclenche de l’angoisse

Lorsqu’il a décidé de profiter du plan social ouvert par son employeur pour monter son restaurant, André Puma, responsable développement, a vite réalisé qu’il ressentait une grosse boule au ventre. Il a alors dressé la liste de tout ce qui, dans ce contexte, pouvait l’inquiéter. «Peur d’échouer, de faire le mauvais choix, de m’aventurer dans l’inconnu… Mais j’ai finalement réalisé que je craignais surtout de regretter un jour de ne pas m’être lancé, alors que j’en avais le désir depuis toujours.»
Identifier ses peurs et les exprimer clairement est une première manière d’y faire face. On peut ensuite utiliser le bon outil pour désamorcer l’angoisse. C’est ce qu’a su faire Esther, affolée au moment d’intégrer une nouvelle agence de publicité : nouveaux
 locaux, nouveaux chefs, nouveaux collègues, tout la paniquait… Cette somme de peurs a fini par se cristalliser autour d’une seule : la perspective de devoir animer des conférences. «J’étais certaine que, face à un public, je serais incapable de poser ma voix», se souvient-elle. Esther a alors décidé
de consulter une phoniatre. «Ce travail m’a permis de me rassurer sur la question de ma voix… En faisant tomber cette peur, toutes les autres ont disparu !»

Nommer ses craintes est une bonne manière de faire le tri entre les peurs réelles, fondées sur des éléments objectifs, et les peurs imaginaires. Craindre de se retrouver SDF, comme Susanne Ohn, relève du fantasme. Pour effectuer ce travail de clarification, il ne suffit pas de s’avouer à soi-même ses propres peurs : oser en parler à un tiers est indispensable. «C’est la seule façon de soulager véritablement la tension, explique Séverine Cottin. Avouer ses angoisses à une personne lucide et bienveillante peut aider à prendre du recul, une distance difficile à mettre lorsqu’on est seul face à soi-même.» En revanche, choisissez bien votre interlocuteur : faire part de vos craintes à des collègues qui partagent votre incertitude risque d’aggraver la situation, les peurs des uns se nourrissant de celles des autres.

Prenez appui sur vos propres capacités et ressources

L’environnement ne vous offre aucune certitude ? Cherchez la sécurité en vous. Faites l’inventaire de ce que vous avez de solide, des capacités et des talents sur lesquels vous pouvez compter. «La connaissance de ses ressources personnelles et la certitude qu’on peut prendre appui dessus en toutes circonstances atténuent la peur de l’inconnu», estime Anne Tricault-Carpe. Il s’agit de compenser l’absence de repères extérieurs par de l’assurance intérieure.

Afin d’y parvenir, remémorez-vous les épreuves que vous avez déjà traversées et identifiez ce qui vous a permis de les surmonter. Sabine se souvient ainsi d’une restructuration brutale dans sa banque. «Mon service avait purement et simplement disparu de l’organigramme ! Mais contrairement à la plupart de mes collègues, je n’ai pas vraiment eu peur car j’avais déjà beaucoup bougé en interne. Ces expériences m’avaient appris que j’avais une forte capacité à rebondir. Je savais pouvoir compter sur mes anciens chefs pour me recommander dans d’autres services. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé.»

Bien sûr, le changement impressionne moins quand il fait partie intégrante de notre vie, lorsque nous avons l’habitude de nous y confronter. «Mais nous avons tous en nous cette capacité d’adaptation, même si nous n’en avons pas conscience», relève le coach Thierry Chavel. Quand Susanne Ohn est entrée chez Ipsen, la peur s’est de nouveau emparé d’elle : allait-elle parvenir à se
faire une place dans cette nouvelle entreprise ? Instinctivement, elle a utilisé son sens du réseau : «Je me suis intéressée aux autres, j’ai déjeuné avec des collaborateurs travaillant dans d’autres services… L’intégration s’est faite plus rapidement que je ne l’aurais cru !»

Prenez conscience de votre pouvoir d’action et de décision

Face au changement, la passivité est l’attitude la plus dangereuse. «Souvent, les salariés se désolent : “Qu’est-ce qu’ils vont nous faire maintenant ? Où vont-ils nous mettre ?” relève Séverine Cottin. Nous essayons de les aider à sortir de cette passivité en leur faisant prendre conscience de leur pouvoir d’action et de décision.» Anne Tricault-Carpe confirme : «J’entends souvent les salariés dire qu’ils n’ont pas le choix. Certes, on a peu d’influence sur la politique de l’entreprise. Mais on peut décider de s’adapter ou de subir. Opter pour l’adaptation, c’est continuer à exercer sa liberté afin de vivre le changement à sa manière.»

Une liberté qui peut s’exprimer par des actions aussi simples que d’aller frapper à la porte de son patron ou du service des ressources humaines pour en savoir plus sur la nouvelle organisation. Votre libre arbitre peut aussi s’épanouir à l’extérieur de l’entreprise : décider de se remettre au sport peut aider à évacuer le stress et procurer le sentiment de reprendre la direction de sa vie. D’une manière ou d’une autre, il s’agit de retrouver une marge de manœuvre, même si elle peut sembler limitée. «Un changement dans notre environnement fournit une excellente occasion de redevenir maître de notre vie et de nos choix, suggère Séverine Cottin. C’est le moment idéal pour renouer avec nos envies, nos aspirations profondes.»

Ces coups du sort peuvent se révéler de vrais cadeaux, à condition qu’on soit capable de les aborder comme tels. «Ouvrir mon restaurant me trottait dans la tête depuis longtemps, témoigne André Puma. Sans le plan social, je n’aurais peut-être pas franchi le pas. Mais à 50 ans, c’était l’occasion idéale de prendre les choses en main.»

Faites-vous à l’idée que la vie n’est pas un fleuve tranquille

Inutile de rêver à un retour au calme : le changement et l’incertitude sont des constantes de notre époque. Il ne s’agit plus d’attendre la fin d’une crise passagère après laquelle tout rentrerait dans l’ordre, mais d’évoluer dans un monde mouvant. «Quand on occupe une fonction où tout se passe bien, on doit se faire violence pour sortir de sa zone de confort, confirme Sabine, qui s’est astreinte à changer
régulièrement de poste dans la banque. Mais cette mise en danger est nécessaire dans le monde du travail d’aujourd’hui.» Ce qui est vrai au niveau de l’entreprise l’est aussi sur un plan global. «La vie elle-même est inscrite dans un changement permanent, défend Thierry Chavel. Vouloir figer les choses, c’est penser que l’on peut contrecarrer ce mouvement vital. Au fond, croire qu’on vit dans un monde immuable est la seule chose qu’il faille craindre !»

Source :Marie-Pierre Noguès


 

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