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Vers un tableau de l’épuisement professionnel


Face à la recrudescence du nombre de cas, une société a appellé à la création d'un tableau de maladies professionnelles consacré au syndrome d'épuisement.

Un dessein bien compliqué au regard notamment des critères d'exposition à considérer, estime la spécialiste et médecin, Marie-Christine Marié-Soula qui privilégie la prévention à la réparation.


Face à la recrudescence du nombre de cas, une société a appellé à la création d'un tableau de maladies professionnelles consacré au syndrome d'épuisement.

Un dessein bien compliqué au regard notamment des critères d'exposition à considérer, estime la spécialiste et médecin, Marie-Christine Marié-Soula qui privilégie la prévention à la réparation.



Buzz autour du burn out. Depuis la semaine dernière et la sortie des premiers résultats de l'étude qui montre que plus de 3 millions de salariés en sont victimes, le burn out est porté vers toutes les lumières, sans pour autant paraître plus clair. "Je sors d'une formation avec des managers. Presque tous m'ont soutenu être en "burn out", alors qu'ils sont en réalité épuisés. Ca n'est pas rien, oui, mais c'est loin d'être un burn out", commente Marie-Christine Marié-Soula, praticienne attachée à l'hôpital Cochin en pathologie professionnelle et ancien médecin inspecteur du travail en Île-de -France. Le burn out, elle connaît. A l'instar de toutes les psychopathologies, aucun tableau de maladie professionnelle ne lui est en effet consacré, et ce, malgré la recrudescence du nombre de cas. "C'est un vrai souci", admet le docteur qui constate que "le problème a vraiment monté d'une façon très importante ces dix dernières années". Mais, de là à soutenir l'appel lancé le 22 janvier par cette société - qui demande la reconnaissance du syndrome au tableau des maladies professionnelles -, la spécialiste pose des bémols.


Un problème de vocabulaire

Ce sont les termes qui bloquent. Le burn out n'est en effet référencé dans aucune classification internationale. Il n'a pas d'existence médico-juridique, souligne Marie-Christine Marié-Soula. "La collectivité psychiatrique internationale ne l'a pas reconnu comme une vraie maladie". En cause : des querelles scientifiques autour des stades du burn out, "qui mettront du temps avant d'être dépassées", poursuit-elle. C'est aussi l'une des conclusions du travail mené l'année dernière par la commission spéciale sur les pathologies professionnelles, mandatée par la Conseil d'orientation des conditions de travail (Coct) : "on ne peut pas reconnaître le burn out en ces termes là". Et de suggérer une maladie plus appropriée : la dépression d'épuisement professionnel sur laquelle de nouvelles discussions devraient prochainement s'engager, au sein de la commission spéciale. "Le burn out en effet une notion floue aujourd'hui. Nous avons souhaité vulgariser notre propos", explique Agnès Martineau, médecin du travail, consultante pour un cabinet d'expertise. "En réalité, nous demandons de reconnaitre deux nouveaux tableaux de maladies professionnelles liées à l'épuisement : la dépression d'épuisement et l'état de stress répété conduisant à une situation traumatique. Nous sollicitons également une discussion, avec les partenaires sociaux, sur la dimension de l'anxiété généralisée dans le syndrome d'épuisement".

 

Le spectre du canal carpien

Autre difficulté en vue d'un tableau de maladies professionnelles: les critères d'exposition à prendre en compte. "Les enquêtes rétrospectives sur des cohortes de patients qui présentaient des épuisements montrent qu'à chaque fois la maladie est liée à une surcharge de travail. Comment l'évaluer ?", interrroge Marie-Christine Marié-Soula. Le déséquilibre vie professionnelle/ vie personnelle est aussi récurrent, comment le coter ? Même questionnement autour du conflit des valeurs, ou encore autour du sentiment d'injustice par rapport au travail, signes symptomatiques de l'épuisement. "De nombreuses années s'écouleront encore, avant que la démarche de création d'un tableau de maladies professionnelles n'aboutisse, mais elle peut aboutir", estime l'ex-médecin inspecteur. Même les employeurs tenderaient en effet à accompagner la décision. Jusqu'ici réfractaires, les lignes sont en train de bouger. "Les employeurs se rendent bien compte avec leur manager, de haut niveau notamment, que c'est une pathologie de personnes pas du tout fragiles, mais de personnes très investies, très engagées, qui ont beaucoup donné pour leur entreprise. Il y a une prise de conscience". Des résistances persistent cependant, la faute au canal carpien et le tableau de maladies professionnelles 57 créé il y a une dizaine d'années. "Nombreux salariés avaient alors eu le sentiment d'être touchés par cette pathologie type TMS. Les employeurs ne souhaitent pas réouvrir la boîte de Pandore pour l'épuisement. Ils veulent un cadre clairement défini".


Une reconnaissance possible en accident du travail

En attendant, Marie-Christine Marié-Soula a décidé de ne pas se battre sur la réparation, "je préfère la prévention. Faisons de l'information sur le sujet". Pour le docteur, la réparation est en effet symbolique. D'autant qu'il est aujourd'hui possible de faire reconnaître la dépression d'épuisement en lien avec le travail : "avec des faits précis - par exemple, une augmentation de 50% des objectifs, un doublement du nombre de collaborateurs... -, on peut emprunter la voie des accidents professionnels pour une reconnaissance, avec un certificat médical initial d'accident de travail que le salarié envoie à la sécurité sociale. Cela déclenche une enquête". Il existe l'autre voie des maladies professionnelles en passant par une reconnaissance via le Comité régionale de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). "Il faut que le médecin conseil ait déterminé une IPP, une incapacité permanente partielle de 25%. Or, même s'ils ont eu des directives pour être un peu plus souples (voir notre article), une fois que l'on arrive au CRRMP - j'y ai siégé pendant dix ans -, il faut trouver le lien direct et essentiel entre la dépression d'épuisement, ou l'épuisement professionnel et les contraintes de travail. C'est très difficile encore une fois à évaluer". La fameuse société entend de son côté poursuivre sa démarche : elle publiera la semaine prochaine l'intégralité de son étude sur le burn out, mené auprès de 1000 salariés. Il lancera ensuite un travail sur les modalités de prévention.

 

Explications : Les trois temps du burn out

Trois étapes sont identifées dans le processus du burn out.

La première, c'est le temps de l'épuisement avec une fatigue chronique importante, des douleurs chroniques plus ou moins migrantes... le dos, l'épaule, la nuque... Et, surtout, une fatigue à la fois physique et émotionnelle.

A ce stade, la différence par rapport à la dépression est que cette fatigue disparaît avec l'arrêt du travail (un week-end, des vacances...), constate Marie-Christine Marié-Soula.

Si ce premier temps d'épuisement persiste, le salarié passe dans un deuxième temps qui est celui de la dépersonnalisation.

Comme c'est une personne très engagée, très investie, elle ne se reconnaît plus telle qu'elle est dans son travail, elle déclenche aussi un mode de défense qui tourne autour du cynisme.

Elle devient un peu résistante au changement, à avoir des jugements un peu défavorables par rapport à son engagement professionnel.

Et si cela persiste deux ou trois mois, un jour arrive une chute brutale, un patient qui ne peut plus se lever - une statique paralysante, un accident vasculaire cérébral, un infarctus, cela peut aussi être une décompensation plus psychique, avec un passage à l'acte.




Source (Par Rosanne Aries, actuEL-HSE)

 

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