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Suicides à France Télécom: le parquet demande un procès pour harcèlement moral

 Une série de suicides devenue symbole de la souffrance au travail: après sept ans d'enquête, le parquet de Paris a demandé le renvoi en procès pour harcèlement moral de France Télécom et de son ex-patron Didier Lombard.

 

Le parquet de Paris a demandé le renvoi en procès de France Télécom et de son ex-patron Didier Lombard, soupçonnés d'avoir mis en place une politique de déstabilisation des salariés ayant conduit à une vague de suicides en 2008 et 2009.

Au terme de sept ans d'enquête après la vague de suicides de salariés de France Télécom, le parquet de Paris a demandé un procès pour "harcèlement moral" contre l'entreprise et son ex-patron Didier Lombard. Ils sont soupçonnés d'avoir mis en place une politique de déstabilisation des salariés pour accélérer les départs au sein de l'entreprise.  

Devenue Orange, France Télécom a été la première entreprise du CAC 40 à avoir été mise en examen pour harcèlement moral. Un procès amènerait la justice à trancher la première affaire de harcèlement à grande échelle dans une entreprise de cette taille. Il appartient désormais au juge d'instruction de suivre ou non ces réquisitions en ordonnant un procès ou en prononçant un non-lieu. Un procès amènerait la justice à trancher la première affaire de harcèlement à grande échelle dans une entreprise de cette taille.  

"C'est un dossier dont tout le monde parle depuis des années, mais ce doit être regardé, non pas comme un problème sociétal, mais comme un dossier", a réagi sur France Info l'avocate d'Orange, Me Claudia Chemarin. "La défense de l'entreprise, comme cela a toujours été, est de contester avoir mis en place une procédure destinée à déstabiliser les salariés", poursuit-elle.  

39 victimes

Dans ses réquisitions datées du 22 juin, le parquet a également demandé un procès pour harcèlement moral de deux autres dirigeants, Louis-Pierre Wenes, ex-numéro 2, et Olivier Barberot, ex-responsable des ressources humaines, et de quatre cadres pour complicité.

Le parquet reproche à France Télécom d'avoir mis en place dès 2007 par des "agissements répétés" une politique d'entreprise qui a eu pour effet de "déstabiliser" les employés et de "créer un climat professionnel anxiogène", dans un contexte de restructuration délicate, selon une source proche de l'enquête.

Trente-neuf victimes sont notamment citées sur la période 2006-2011: dix-neuf se sont suicidé, douze ont tenté de le faire, et 8 salariés ont subi un épisode de dépression ou ont été en arrêt de travail. Selon les syndicats et la direction, 35 salariés s'étaient donné la mort en 2008 et 2009. Le suicide en juillet 2009 d'un technicien marseillais, qui avait évoqué un "management par la terreur", avait donné un énorme retentissement à l'affaire, renforcé par plusieurs actes similaires.

"Mode du suicide"

"En 2007, je ferai les départs d'une façon ou d'une autre, par la fenêtre ou par la porte", avait lâché Didier Lombard en octobre 2006 devant des cadres supérieurs et dirigeants de France Télécom. Face aux enquêteurs, France Télécom et certains cadres ont nié l'existence d'objectifs de réduction d'effectifs, évoquant de simples "indications", et présenté la restructuration comme une opération de sauvetage, sans lien avec la dégradation du climat social.

Aux yeux du ministère public, les témoignages et documents internes passés au crible montrent au contraire que les objectifs de mobilité et de réduction des effectifs étaient devenus une fin en soi, quels que soient les moyens pour y parvenir: incitations répétées au départ, mobilités forcées, surcharge ou absence de travail, réorganisations tout azimuts...  

Didier Lombard avait quitté la direction opérationnelle du groupe en mars 2010, fragilisé par le scandale et une "énorme bourde", de son propre aveu, lorsqu'il avait évoqué "une mode du suicide".

 

 

Par LEXPRESS.fr avec AFP (lire l’article original)