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Seuls 4,5% des musulmans de France sont cadres

AFP

 

Souvent ouvriers et moins qualifiés, frappés par la précarité, les musulmans vivant en France ont été fortement touchés par la désindustrialisation et par le recul des structures d'encadrement des milieux populaires qu'étaient les partis politiques et les syndicats, estime l'institut Montaigne.


Selon une enquête de l'institut Montaigne, un laboratoire d'idées libéral présidé par Claude Bébéar et dirigé par Laurent Bigorgne, seuls 4,5% des "musulmans déclarés" en France sont cadres, contre 8% des chrétiens et 10% pour les personnes se disant sans religion. Plus de 24% des personnes interrogées se disant musulmanes (dont 74% sont Français) sont ouvriers, plus de 22% employés et 30% sont inactifs non retraités (c'est à dire lycéens, étudiants, jeunes en recherche d'un premier emploi, etc.). Dans une étude de 2010, l'institut national d'études démographiques (INED), qui plaide pour la mesure des inégalités et préjudices liés à la religion, l'origine ou la couleur de peau, avait déjà montré que les enfants d'immigrés étaient d'abord ouvriers et qu'ils étaient très touchés par le chômage.

Parmi les difficultés d'intégration de cette population, l'institut Montaigne note que passer d'un système de valeurs patriarcales, "fondé sur la solidarité entre les frères, où le statut de la femme -et notamment de la fille- est inférieur à celui de l'homme- et notamment du garçon -, au modèle républicain qui valorise les filles à l'école (les filles d'immigrés y réussissent mieux que les garçons et échouent aussi moins souvent que les garçons d'origine immigrée, c'est une révolution copernicienne dans les familles, maghrébines notamment".

Désindustrialisation et crise des structures d'encadrement

Le rapport de ce centre de réflexion libéral ajoute que la population d'immigrés musulmans a été fortement touchée par la désindustrialisation : "Quand à la fin des années 1970, la sidérurgie d'abord, les charbonnages et l'automobile ensuite, puis toute l'industrie française a commencé à réduire ses effectifs de production sur le territoire national, les familles d'immigrés ont payé un tribut très lourd en matière de chômage et de précarité économique et sociale". Un phénomène qui a coïncidé, selon le rapport du think tank, avec la disparition progressive des structures d'encadrement politique des milieux populaires : "Le parti communiste a initié son déclin, les syndicats n'ont jamais su inclure véritablement les immigrés et leurs enfants, le gaullisme n'est jamais parvenu à les toucher, à l'exception des harkis. L'Eglise est, par définition, restée un monde étranger à leur vie quotidienne et spirituelle. L'école, victime des effets ghetto, n'a pas pu leur offrir les moyens de l'ascension sociale. Quant à l'Etat, il n'a pas pu, ou pas su, leur donner les cadres idéologiques et matériels qui auraient pu leur permettre de s'élever au-dessus de leur condition de départ". D'où, selon l'institut Montaigne, un retour vers l'islam de la part, notamment, des jeunes générations.

Formation de niveau inégal et forte précarité

La population se disant musulmane tend à voir son niveau de qualification se rapprocher de la moyenne, mais avec une forte inégalité, 12% détenant un bac +2, signe "d'un accès assez large à l'enseignement supérieur", mais 15% ne possédant aucun diplôme et 25% ayant un niveau inférieur au bac, "signe d'une marginalisation scolaire d'une importante minorité". Quant à l'emploi occupé, il est marqué par une forte précarité : plus de 12% est en CDD et 8% en intérim (voir aussi notre article sur l'étude du Défenseur des droits relative aux discriminations à l'embauche).Toutefois, sur 1 029 répondants, 55% occupent un CDI et 10% sont fonctionnaires.

Signalons enfin l'attachement à la consommation de viande halal, qui serait devenue "une façon d'être au monde islamique", de même qu'une pratique religieuse "très nettement supérieure au reste de la société".

La question du voile

Quant au voile, dont le port est majoritairement soutenu, environ 35% des femmes déclarent le porter (dont 23% le portent tout le temps, 7% sauf sur le lieu de travail ou d'étude, 5% rarement). Autrement dit, deux-tiers des femmes de culture musulmane déclarent ne pas le porter, 57% ne l'ayant jamais porté. Selon le rapport Montaigne, l'écart de pratique selon l'âge des femmes (40% des 25-50 ans disent porter le voile, contre 30% pour les 15-25 ans) s'expliquerait par l'interdiction du port du voile au collège et au lycée, cette interdiction ayant eu une influence forte.

En conclusion, l'institut Montaigne défend l'idée, paradoxale par rapport à son approche, qu'il n'y a pas de "communauté musulmane", ni d'ailleurs de "communautarisme musulman unique et organisé", mais plutôt des individus dont le sentiment d'appartenance à la communauté musulmane est individuel : "peu d'engagement associatif au nom de l'islam, des choix politiques aux élections très faiblement influencés par "l'islamité" réelle ou supposée d'un candidat, faiblesse du sentiment de destinée collective, très peu d'écoles confessionnelles".

"Un islam français est possible"

Intitulé "Un islam français est possible", le rapport de l'institut Montaigne, qui a déjà consacré une étude sur les discriminations religieuses à l'embauche, a été rédigé par Hakim El Karaoui, un normalien agrégé de géographie qui a fondé sa société de conseil stratégique. Ce rapport repose notamment sur un sondage réalisé auprès d'un échantillon de 1000 personnes, lui-même sélectionné à partir d'un échantillon initial de 15 500 personnes, l'analyse des données ayant été faite par Antoine Jardin, docteur en science politique et ingénieur de recherche au CNRS. Le rapport tente aussi d'évaluer les pratiques religieuses des musulmans. S'il affirme que 46% des musulmans sont totalement "sécularisés" (ils sont favorables à la laïcité et considèrent que la loi passe avant la religion) , le rapport s'inquiète aussi d'une minorité (évaluée à 13%) ayant des tendances "autoritaires", caractérisées par la primauté donnée à la foi sur la loi de la République, la contestation de la laïcité voire l'approbation de la polygamie. Selon l'institut, il s'agit de jeunes peu qualifiés et insérés dans l'emploi et vivant dans des quartiers populaires périphériques aux grandes villes. "L'islam serait un moyen pour eux de s'affirmer en marge de la société française", estime le rapport. Signalons que l'Institut Montaigne fait des propositions visant à conforter "un islam de France" comme par exemple la création d'une redevance sur la consommation halal pour permettre le financement du culte, l'élection d'un grand imam de France "afin de conduire le travail intellectuel et théologique destiné à poser les jalons d'un islam français", etc.

 

 

 

Bernard Domergue Actuel-ce.fr (lire l’artcle original)