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Plus de 10 000 affections psychiques reconnues comme accidents du travail en 2016

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Burn out, dépression, stress post-traumatique : malgré leur absence des tableaux de maladie professionnelles, les affections psychiques sont de plus en plus reconnues par l'Assurance maladie. En analysant les prises en charges de 2016, la branche AT-MP a identifié les secteurs et profils les plus à risque.

Marine Jeantet ne plaide pas en faveur d'une reconnaissance du burn-out dans les tableaux des maladies professionnelles. La directrice des risques professionnels à l'Assurance maladie a présenté le 16 janvier 2018 à Paris les résultats du rapport de l'Assurance maladie - risques professionnels intitulé "Santé travail : enjeux et actions". Il recense les maladies psychiques ayant été prises en charge par la branche AT-MP en 2016, afin de mieux définir les priorité d'action de l'Assurance maladie. Auditionnée dans le cadre de la proposition de loi sur le burn-out (qui sera examinée à partir du 1er février à l'Assemblée nationale), Marine Jeantet appelle à la prudence.  "Les maladies psychiques sont le résultats d'une multitude de facteurs d'expositions possibles, et présentent des symptômes variables. Fixer des critères stricts dans un tableau peut s'avérer contre-productif pour les salariés."


Braquages, agressions


Pour l'instant, en l'absence de tableau de maladie professionnelle, une affection psychique peut être reconnue et indemnisée soit en tant que maladie professionnelle "hors tableau" - si elle entraîne au minimum une incapacité de 25% - soit en tant qu'accident du travail, lorsque les symptômes peuvent être rattachés à un événement précis. Le déclencheur peut ainsi être un événement exogène à l'entreprise, mais lié au travail (menace, agression, braquage, attentat...) ou bien être un événement de la vie professionnelle (réunion, entretien d'évaluation) à la suite duquel naissent les symptômes révélateurs de conditions de travail difficiles.

En 2016, plus de 10 000 affections psychiques ont été reconnues au titre des accidents du travail. Un nombre dont la croissance atteint aujourd'hui sa "vitesse de croisière" (+1% entre 2015 et 2016), après une augmentation de 10% par an entre 2011 et 2014, puis de 5% en 2015. Par ailleurs, environ 3 500 affections psychiques ont été reconnues en tant qu'accidents de trajet en 2016, principalement des témoins d'accidents de la route.

Du côté des maladies professionnelles, la tendance est également à la hausse. "600 cas ont été reconnus en 2016, soit sept fois plus qu'il y a cinq ans, souligne Marine Jeantet. Il s'agit essentiellement de cas de dépression." Le nombre de demandes de reconnaissance de maladie professionnelle pour ces pathologies est passé de 200 en 2012 à plus de 1 100 en 2016.


Des employées quadragénaires


Les chiffres 2016 montrent que trois secteurs du privé concentrent la moitié des affections psychiques : le médico-social, le transport de personnes et le commerce de détail. Trois secteurs qui ont pour point commun le lien avec le public. Les femmes représentent 60% des victimes, car elles sont plus souvent représentées dans ces métiers. En moyenne, les victimes ont 40 ans et exercent en tant qu'employées. "Ce profil correspond à une réalité peu racontée : l'anxiété, le burn out, la dépression concernent beaucoup d'employés, et pas seulement des cadres surbookés" fait remarquer Marine Jeantet. La catégorie des cadres possède la fréquence d'AT-MP psychiques la plus faible, mais leurs accidents du travail sont proportionnellement plus souvent des affections psychiques.

Le portrait-robot des victimes dressé par le rapport permettra à l'Assurance maladie de mieux cibler les publics "Il n'y a pas de réserves d'emplois dans ces métiers. Si l'on ne concentre pas nos efforts de prévention dans les secteurs les plus concernés, on risque d'épuiser les viviers", avertit Marine Jeantet.


400 jours d'arrêt maladie


Le coût qu'engendrent ces pathologies psychiques est également à prendre en compte. Après un accident du travail lié à des symptômes psychiques, l'arrêt maladie est souvent plus long que celui des autres types d'accidents du travail : 112 jours en moyenne contre 65 jours. Les maladies professionnelles psychiques durent quant à elles en moyenne 400 jours. Résultat, un coût pour l'Assurance maladie représentant 230 millions d'euros en 2016. Un chiffre en augmentation certes, mais qui n'est pas exorbitant si l'on se réfère aux 800 millions d'euros que coûtent chaque année les troubles musculo-squelettiques, ou au milliard d'euros dépensé au titre des lombalgies.

L'Assurance maladie a développé un arsenal préventif contre les affections psychiques. Via le site de l'INRS, les entreprises peuvent trouver des supports de sensibilisation et d'information, ainsi que des offres de formation. Un support aux entreprises est aussi possible au niveau régional (Aract, Direccte, ...). "Nous avons également lancé une expérimentation de sensibilisation auprès de cinq grandes entreprises du même secteur qui présentent un volume élevé d'affections psychiques, raconte Marine Jeantet. Nous leur avons fait connaître leur situation en comparaison des autres entreprises du secteur. Pour certaines, cela a été une réelle prise de conscience, notamment car elles se rendent compte que leur inaction face à cette problématique peut avoir un impact sur leur productivité."


Laurie Mahé Desportes Actuel-CE (lire l'article original)