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Nanomatériaux : un développement anarchique favorisera les risques

 

Nanomatériaux : un développement anarchique favorisera les risques

Dans une étude prospective sur la prise en compte des risques professionnels liés aux nanomatériaux en 2030, l'INRS semble plaider pour un soutien politique fort pour ces technologies, seul garant d'une véritable prise en compte des risques.



"D'après certaines estimations, les nanotechnologies emploieraient aujourd'hui entre 300.000 à 400.000 personnes en Europe. En France, 5.000 salariés en entreprise et 7.000 chercheurs seraient potentiellement exposés aux nanomatériaux manufacturés".


 

Nanomatériaux : un développement anarchique favorisera les risques

Dans une étude prospective sur la prise en compte des risques professionnels liés aux nanomatériaux en 2030, l'INRS semble plaider pour un soutien politique fort pour ces technologies, seul garant d'une véritable prise en compte des risques.



"D'après certaines estimations, les nanotechnologies emploieraient aujourd'hui entre 300.000 à 400.000 personnes en Europe. En France, 5.000 salariés en entreprise et 7.000 chercheurs seraient potentiellement exposés aux nanomatériaux manufacturés".


Dans une étude prospective sur les conséquences en santé et sécurité au travail du développement des nanomatériaux manufacturés à l'horizon 2030, l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) fait d'abord le point sur la situation actuelle. L'obligation de déclaration pour tout fabricant, importateur ou distributeur de nano en France, entrée en vigueur en 2013, a permis d'établir que 280.000 tonnes de substances avaient été produites à l'échelle nano et que 220.000 tonnes étaient importées en 2012. "Au vu de ces études, nombre de salariés sont donc d'ores et déjà potentiellement exposés aux nanomatériaux manufacturés que ce soit dans les laboratoires de recherche, les usines de fabrication ou les sites d'utilisation".

 

Or, souligne l'INRS, très peu d'études renseignent sur la toxicité et l'écotoxicité de ces substances, ni même sur l'exposition des professionnels. La prévention s'avère donc "indispensable, mais délicat[e]. D'abord parce qu'il n'existe pas de valeur seuil à atteindre pour s'assurer d'une protection adéquate, mais également en raison des niveaux de protection élevés qui pourraient être requis pour les nanomatériaux présentant un risque sanitaire avéré". A l'horizon 2030, l'encadrement de ces risques sera différent selon le rythme et la voie de développement de ces technologies, analyse l'INRS.


Soutien politique des nanos : des risques maîtrisés

Un premier scénario fait l'hypothèse d'un soutien fort de l'Etat envers les nanotechnologies. Résultat : des investissements importants, tant publics que privés, permettent à ces substances d'inonder le marché, à des coûts abordables. De nombreuses entreprises françaises, petites ou grandes, acquièrent un savoir-faire et bénéficient de la recherche publique.

Dans ce scénario, les risques en santé et en sécurité paraissent maîtrisés car ont été menées, en même temps que des recherches en innovation, des études sur les risques et les dangers. "L'Etat, tout comme les industriels, ont très vite compris que cette question cruciale pourrait être un réel frein au développement des nanomatériaux manufacturés en France". Une taxe sur l'utilisation de nanomatériaux a permis de financer une recherche indépendante, qui a conduit à une évaluation a priori des risques sanitaires et environnementaux. Cette tendance a apaisé le débat au sein de la société et a permis une bonne acceptation de la part du public.

Cependant, nuance l'INRS, le rythme de développement de ces matériaux risque d'être plus rapide que celui de la protection ou de l'acquisition de compétences par les professionnels.


Déploiement restreint à certains secteurs : opacité et risques

Dans un deuxième scénario, le contexte économique de crise a freiné les ambitions dans le domaine des nanomatériaux. "Les initiatives publiques n'ont concerné que quelques rares secteurs jugés stratégiques [défense, électronique, transport, énergie, environnement]. Les entreprises se sont également heurtées à de grandes difficultés financières limitant fortement leurs efforts en recherche et développement". A la suite de nombreux scandales, une méfiance s'est installée dans la société face aux progrès technologiques, accentués pour les nanos par le fait que les premières études ont démontré qu'ils pouvaient franchir certaines barrières physiologiques.

En termes de sécurité, deux tendances opposées se profilent : "Les entreprises les plus en pointe dans la fabrication et l'utilisation de nanomatériaux continuent à appliquer les méthodes de protection les plus élevées possibles", tandis que "dans les autres entreprises, notamment les plus fragiles, la maîtrise de risques s'avère bien souvent sommaire". Ce qui conduit l'Etat à appliquer fermement le principe de précaution et à interdire tout simplement la fabrication et l'utilisation de certains nanomatériaux. Ceux-ci restent donc confinés à certains secteurs.

Les études sur les risques restent limitées et, de fait, une opacité règne chez les utilisateurs. Les grandes firmes sous-traitent la manipulation des nanos aux petites entreprises, ce qui accroit les risques pour les professionnels.


Investissements industriels : réparation plutôt que prévention

Dans un contexte économique morose, le troisième scénario voit de grandes multinationales présentes dans les secteurs de la pharmacie, l'électronique, l'énergie et du transport s'emparer de la question des nanos et organiser le marché grâce à la normalisation. Mais le désengagement de l'Etat a conduit ces sociétés à développer leur propre approche du risque : le safe by design, c'est-à-dire sur une conception sûre des nanomatériaux et de leurs applications. C'est cette tendance qui semble prendre le pas aujourd'hui.

Mais, alerte l'INRS, "la prévention est strictement du ressort des entreprises. A ce titre, elle est principalement orientée dans une logique de préservation de l'outil de production, et la réponse essentiellement assurancielle s'exprime majoritairement en termes de réparation et non pas en termes de prévention primaire". Résultat : les risques sanitaires et environnementaux sont peu évalués. Comme dans le scénario précédent, les salariés des TPE-PME sous-traitantes sont davantage exposés aux risques.

Soutien des régions : une faible prise en compte des risques

Dans le dernier scénario, l'année 2020 est marquée par une embellie économique. "Dans ce contexte économique, politique et social favorable, les régions les plus riches, pour certaines transfrontalières, ont investi massivement dans l'innovation et les technologies nouvelles et notamment dans le domaine des nanomatériaux manufacturés". Mais malgré les volontés locales, à l'échelle nationale, il n'y a pas de soutien affirmé aux nanos. Résultat : l'écart se creuse entre le développement de nouvelles substances et les avancées de la recherche sur les risques. "Le développement, la production et la commercialisation de nanomatériaux manufacturés s'intensifient avec la possibilité que certains nanomatériaux dont les dangers potentiels auront été sous-évalués ou ignorés induisent dans les prochaines années la survenue d'effets sanitaires et environnementaux graves".

 



Source : (actu-environnement.com)


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