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Harcèlement au travail : ce qui a changé depuis l’affaire France Télécom

 Harcèlement au travail : ce qui a changé depuis l'affaire France Télécom

 

Le parquet de Paris a récemment demandé le renvoi en procès pour "harcèlement moral" contre France Télécom et son ex-patron Didier Lombard. Entre 2008 et 2009, 35 cas de suicides ont été recensés. Depuis, les entreprises ont pris des mesures.


Il y a eu un processus de déni et d’attaque de la part de France Télécom", affirme Sébastien Crozier. En 2008, le président du syndicat CFE-CGC Orange, rapporte auprès des dirigeants de l’entreprise la situation d’urgence dans laquelle se trouvent les salariés de France Télécom. En vain. Les signaux d’alerte lancés par les syndicats ne sont pas entendus. Au cours des années 2008 et 2009, 35 suicides sont recensés.


"Ceux qui ont refusé de nous écouter à cette époque, ce sont eux qui sont inculpés aujourd’hui", explique François Cochet, directeur des activités santé au travail de Secafi.”

Le 7 juillet dernier, c'est-à-dire sept ans plus tard, les anciens dirigeants sont amenés à comparaître devant la justice. Le parquet de Paris a demandé un procès pour harcèlement moral contre France Télécom et son ex-patron Didier Lombard, ainsi que sept des dirigeants de l’époque. L’entreprise et son ancien PDG sont soupçonnés d’avoir mis en place une politique de déstabilisation des salariés pour accélérer les départs  au sein de l’entreprise qui ont entraînés une vague de suicides. Le scandale a déclenché "une prise de conscience collective", selon Jean-François Naton, conseiller confédéral CGT. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Les modes d'organisation sont délétères"

France Télécom est un contre-modèle  pour les entreprises et "reste dans les esprits, explique Sébastien Crozier. Les entreprises ont pris conscience que les personnes fragiles pouvaient retourner la violence sociale contre elle-même". A la suite du choc provoqué par cette affaire très médiatisée, les pouvoirs publics lancent un plan d’urgence pour la prévention du stress au travail en 2009. L’objectif ? Aborder la question des risques psychosociaux dans les entreprises françaises.


"Ce plan a permis de donner des moyens et de caractériser les choses", rapporte le ministère du Travail. Pour Jean-François Naton, conseiller confédéral de la CGT en charge de l’activité Travail/santé/Protection-Sociale, la situation a évolué dans certaines entreprises car cela à fait surgir le débat sur la qualité de vie au travail.


"L’irresponsabilité managériale peut maintenant être sanctionnée. Ils ne peuvent pas dire 'on ne savait'", précise-t-il.”

Nouvelle formation en management, meilleure prise en compte de l’équilibre vie professionnelle-vie privée, mise en place de baromètres sociaux afin de détecter les cas complexes ou difficiles… De nombreuses sociétés ont pris des mesures et  lancé des états des lieux sur les risques psychosociaux. Des mesures nécessaires mais qui sont encore  "insuffisantes", selon Martine Keyrer du syndicat CFE-CGC. "Ce qui a été fait après France Télécom n’a pas fonctionné. Les sociétés refusent de toucher à l’organisation du travail. Des lignes d’écoute sont mises en place, les salariés sont redirigés vers le médecin du travail mais ça ne suffit pas. Nous n’avons pas avancé sur les risques psychosociaux", ajoute-t-elle.


"Les entreprises adoptent encore un modèle d’organisation du travail productiviste qu’elles pensent efficace alors que ce n’est plus le cas, explique François Cochet. Il y a beaucoup de conformisme dans la façon d’organiser le travail. Les modes d’organisation sont délétères".


"France Télécom est désormais en avance"


Chez France Télécom, devenu Orange, la situation s’est apaisée. Et le dialogue social a été rénové. Un accord pour la prévention du stress a été conduit. Tous les trois ans, une enquête de grande ampleur est menée à ce sujet.


“Cela permet d’analyser les évolutions avec du recul, souligne le directeur des activités santé au travail de Secafi. Il y a une réelle écoute de ce que disent les représentants du personnel. Au final, France Télécom est désormais en avance sur certaines entreprises”.

Mais pour Jean-François Naton, "les changements radicaux" ont été opéré dans les "sociétés exposées mais pas dans les autres entreprises".


Le conseiller confédéral CGT a participé auprès du ministère du Travail à l’élaboration du nouveau plan santé au travail pour 2016-2020. "Le contenu du plan est jugé positif. Nous sommes passés d’une politique de réparation à une politique de prévention. Il faut désormais passer à l’action", ajoute-t-il.  Le plan s’appuie sur un changement d’approche de la prévention. Il met l’accent sur ses retombées positives, en termes d’amélioration du bien-être des travailleurs comme de la performance de l’entreprise. Comme l’affirme Martine Keryer :

"Un salarié serein dont le travail est reconnu va être plus productif et créatif".

 

Camille Sellier   L’OBS   (lire l’article original)