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Épuisement professionnel, stress… Est-ce primordial ?

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D'ici quelques années, les historiens étudieront certainement le volume et la qualité des images, articles, études et prises de paroles de tout ordre et de toute origine ayant envahi nos environnements professionnels, scientifiques et personnels en matière de « risques psychosociaux » et de gestion ou de prévention de ces risques. Dès aujourd'hui, il est certain que psychologisation et affaires se sont mariées et ont eu beaucoup d’enfants.

“Dès aujourd'hui, il est certain, dès aujourd’hui, que psychologisation et affaires se sont mariées et ont eu beaucoup d’enfants.

Que dire du vocable « risque psychosocial » ? En quoi serait-ce un risque lorsque le travailleur œuvre à prendre en charge les tâches qui lui sont confiées, avec ses émotions, ses valeurs, son identité etc. Le travail n’est-il pas le résultat permanent d’une construction d’un collectif ?

Heureusement, les travaux du « collège Gollac » ont apporté une clarification importante et essentielle pour partager une référence commune et une forme de modèle intelligent et intelligible. Les chercheurs qui ont tenté de prendre un certain recul sont rares, à titre d’exemple : Clot (Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux), Sarnin, Caroly, Douillet (Contre les « risques » psychosociaux, quel débat sur l’activité ?), François Hubault (Risques psychosociaux : quelle réalité, quels enjeux pour le travail ?). « Travail » et « activité » constituent leurs axes fondateurs et fondamentaux de recherche parce qu’en s’appuyant sur les conséquences et les causes des risques psychosociaux, leur projet s’attache aux raisons de leur émergence et à la compréhension des interactions entre les travailleurs et leur environnement considéré comme un système qui s’équilibre en permanence en modifiant les régulations entre ses objets.

L’épuisement professionnel et le stress illustrent malheureusement à l’excès les tensions et violences faites à soi-même et aux autres entre travail réel (observable) et travail caché (vécu, empêché, refoulé…) pour bien faire le travail. C'est l’affaire de spécialistes : médecins, préventeurs, ergonomes, psychologues du travail, assistants sociaux… Nous sommes dans ce cas dans le registre explicatif des liens entre les conséquences et les causes (autrement dit, on « remonte » d’un cran pour expliquer la situation constatée).

Mais l’enjeu est de comprendre la situation du point de vue du travail organisé par prescription. Pour cela il faut chercher les raisons qui ne relèvent plus de la prévention mais de la décision « hors sol » qu’elle soit politique, stratégique, économique, financière, organisationnelle etc. C’est elle qui produit des effets systémiques et destructeurs sur le travail réel (et par incidence sur le travail caché) et la santé physique et mentale des gens au travail et indirectement sur ceux qui n’en ont pas (2).

C’est un combat d’une toute autre nature que celui de la prévention des risques professionnels s’annonçant et se situant bien en amont. En tout cas, c’est le nôtre : celui de la prévention primordiale au sens de l’Organisation mondiale de la santé et de la responsabilité sociétale et sociale de tous les employeurs publics ou privés (1). Il mobilise l’ensemble des parties prenantes pour socio-construire et socio-produire du travail de qualité, des relations socio-professionnelles et sociales sereines, des professionnalités individuelles et collectives riches qui s’enrichissent dans le quotidien du travail en train de se faire.

C’est bien la recherche, la controverse et le débat (coopérations conflictuelles, selon Clot) sur le travail et sa qualité qui favorisent individuellement et collectivement la qualité de vie au travail et qui peuvent induire subjectivement le bien-être au travail et les performances.

(1) Boras, K. Masse, M., Santé-travail, une porte d’entrée vers la responsabilité sociale de l’État employeur ? (2016).

(2) H. Lanouzière, DG de l’ANACT, Derrière le harcèlement moral ou l'épuisement professionnel, regarder les conditions de travailler.


Max Masse Miroir social (lire l’article original)